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Rémunération des patrons, le partage des richesses en débat…

By Corinne DAVID | avril 3, 2009

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Le débat public autour des salaires des patrons tel qu’il est conduit actuellement n’effleure que la surface des choses. Mais si cette question prend de telles proportions, c’est qu’elle touche profondément les salariés en première ligne face aux effets de la crise. Ceux-ci ressentent une très profonde injustice. Car c’est la question plus fondamentale des inégalités et du partage des richesses créées qui est posée. Et cela touche à la cohésion sociale. Autrement dit, à notre capacité à ne pas rompre l’équilibre du vivre-ensemble. Et à commencer dans l’entreprise, lieu où se crée cette richesse en conjuguant capital et travail.

Alors, que de façon simultanée, des patrons s’octroient des stock-options et annoncent des licenciements ou des restructurations dans les entreprises, la situation devient incompréhensible et choquante.

Régler cette question ne consiste pas à montrer du doigt les patrons et penser que ce problème est d’ordre réglementaire et que tout sera rentré dans l’ordre par un décret. Désigner quelques patrons comme boucs émissaires ne résout rien. Même si l’attitude de certains d’entre eux est proprement scandaleuse.

Cela interroge la manière dont les entreprises sont gérées et donc leur gouvernance. S’agissant de la négociation sociale, par exemple, et plus précisément de la négociation salariale, celle-ci se déroule le plus souvent quand tout le monde s’est servi, lorsque les dividendes ont été attribués, lorsque le comité des rémunérations s’est réuni et a décidé de la rémunération des dirigeants.

S’interroger sur la gouvernance des entreprises, c’est donc s’interroger sur les moyens à mettre en œuvre pour que les intérêts de tous soient pris en compte. Pour que les intérêts des salariés le soient, la négociation sociale doit prendre une autre place que celle qui est la sienne aujourd’hui. Toutes les mesures réglementaires ne changeront rien si les conditions d’un renforcement de la négociation sociale et du poids du syndicalisme ne sont pas réalisées. Nous avons un véritable défi à relever en nous servant des nouvelles règles de représentativité pour les renforcer.

La question des inégalités, qui mine la cohésion sociale, est également du ressort du politique. Il doit être inscrit dans le marbre que les écarts de salaires et de revenus sont devenus insupportables et dépassent les limites de la décence. Pour cela, il n’y a pas plusieurs outils efficaces aux mains de la puissance publique, mais une politique fiscale plus juste.

C’est pour cela qu’il faut tourner le dos à cette idéologie qui consiste à considérer les impôts comme une punition. Ils sont au contraire à réhabiliter. Plutôt que de vaines incantations pour limiter les rémunérations excessives, il faut agir sur la fiscalité. La suspension du bouclier fiscal et la suppression des exonérations sur les heures supplémentaires  seraient un premier pas important. Le président américain Roosevelt, en 1933, pour faire face à la crise, n’avait-il pas créé une tranche d’impôt à 75 % et accru l’imposition sur les successions ?

© CFDT (mis en ligne le 01 avril 2009)


Topics: Interco 92, L'espace des Adhérents, La CFDT, Nos salaires - notre pouvoir d'achat | No Comments »

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