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« La CFDT dit non à l’allongement de l’âge de départ à la retraite »

By Corinne DAVID | juin 29, 2009

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publie sous ce titre une interview de François Chérèque dans son édition du 30 juin 2009.

Nicolas Sarkozy vous a invité à faire des propositions sur l’emprunt et les investissements que celui-ci permettrait de faire. Qu’allez-vous suggérer ?

Il faut investir dans l’avenir et se préparer à sortir de la crise par le haut. Nous sommes face à deux grands enjeux : le développement durable et le vieillissement de la population. Industrie propre, énergies renouvelables, transport, santé et équipement sont les domaines d’investissement prioritaires. La formation professionnelle doit accompagner ces mutations.

Le chef de l’Etat a distingué les « bons » et les « mauvais » déficits. Etes-vous d’accord ?

Je partage une chose : il est préférable de faire des déficits pour investir dans un Etat plus moderne et plus réactif plutôt que pour combler des déficits dus à notre incapacité à faire des choix. Mais, dans les deux cas, il s’agit de la transmission d’un héritage négatif, d’une dette pour les futures générations.

Que doit-on faire face aux déficits des comptes sociaux ?

Le chef de l’Etat a parlé d’équité, évoquant en particulier la suppression de certaines niches sociales. La première chose à faire, c’est de supprimer la niche sociale la plus injuste, le bouclier fiscal, et créer une tranche supplémentaire d’impôts pour les plus hauts revenus. Cela permettra de financer toute une partie de la dette produite pendant la crise. La CFDT veut aussi supprimer les allégements de charges et la défiscalisation des heures supplémentaires.

Le discours devant le Congrès a-t-il contribué à refonder le modèle social français ?

C’était un discours assez classique de social-démocrate ! Il est en contradiction avec une bonne partie des décisions prises au niveau social depuis deux ans. Ce sont des mots : attendons les faits pour voir s’il y a un changement de cap.

M. Sarkozy vous donne rendez-vous en 2010 pour la réforme des retraites. Etes-vous d’accord avec un allongement de l’âge de départ à la retraite ?

Non. La CFDT a toujours dit que ce n’était pas une question d’âge mais de durée de cotisation. Reculer l’âge de la retraite pénalise ceux qui ont commencé à travailler jeunes, souvent des ouvriers.

Mais ce n’est pas qu’une question de paramètres. Il y a un problème de calendrier et de promesses non tenues. Xavier Bertrand, alors ministre du travail, s’était engagé en 2008 sur la pénibilité au travail et le problème des poly-pensionnés. Rien n’a été fait. Le gouvernement s’était engagé sur un bilan d’étape en 2010, intégrant une réflexion sur le système et permettant de préparer une réforme à l’horizon 2012. Cette réflexion est abandonnée. Repenser le système prend du temps. Et je me demande si M. Sarkozy ne préfère pas une petite réforme des retraites en 2010, à une date suffisamment éloignée de la présidentielle, plutôt qu’un grand débat en 2012. En tout état de cause, la réforme ne se fera pas sans régler les questions de pénibilité et d’emploi des seniors.


Des syndicats font du financement une question centrale. Qu’en est-il pour vous ?

Certains voulaient taxer la Bourse pour financer les retraites. La crise montre toutes les limites de cette proposition. Dans un système par répartition, le travail doit continuer à financer les retraites. Si on met à contribution la fiscalité, on entre dans un système étatique. Mais il n’est pas interdit de réfléchir à d’autres solutions.

Quel bilan faites-vous des actions entreprises depuis le début de la crise, notamment le Fonds d’investissement social, le FISO, que vous avez voulu ?

Après un mois d’existence seulement, il est difficile de tirer le bilan du FISO. Mais sa logique est la bonne : garder au maximum le lien contractuel entre le salarié et son entreprise. On utilise les périodes de moindre activité ou d’arrêt total pour élever le niveau de formation et de qualification. La logique est différente de celle proposée par le chef de l’Etat avec la généralisation du contrat de transition professionnelle (CTP).

Il a proposé de « maintenir le salaire de tout licencié économique pendant un an », sur le mode du CTP. Cela vous paraît-il souhaitable ?

C’est généreux. Mais la généralisation du CTP risque d’avoir un effet pervers et créer un effet d’aubaine : les entreprises peuvent être encouragées à licencier les salariés afin qu’ils soient à la charge totale des régimes sociaux. Nous préférons le chômage partiel qui maintient le lien avec l’entreprise.

Que préconisez-vous ?

On réfléchit sur des dispositifs répondant à une double problématique : les jeunes qui arrivent sur le marché du travail et manquent de compétence et les seniors qui partent en emportant leur savoir-faire. On propose un dispositif dans lequel les jeunes sont accueillis pendant six mois dans une entreprise et les seniors au chômage partiel sont utilisés pour les accompagner et les former. Le financement pourrait se faire à travers le FISO. On propose aussi de nouveaux chantiers sociaux, dans le cadre du développement durable, encadrés par des seniors au chômage ou en activité partielle.

Les jeunes restent en première ligne. A la rentrée, beaucoup seront sur le marché du travail…

Cette crise a révélé, entre autres, que le discours patronal sur la rigidité du droit français était un leurre. On peut sortir 350 000 personnes du marché du travail en un an, sans plan social, sans débat dans les entreprises, sans indignation collective, par la suppression de l’intérim et des contrats courts. Et ce sont les jeunes qui se retrouvent dans ces emplois et servent de « bouclier social ». Les entreprises ont besoin d’un salariat stable, et d’un bouclier social flexible. Elles utilisent les uns contre les autres.

Craignez-vous une multiplication des plans sociaux cet été et une rentrée sociale tendue ?

Beaucoup d’entreprises ont utilisé au maximum les éléments de flexibilité, avec l’utilisation des RTT, des congés de formation, le recours au chômage partiel… mais on arrive au bout de la logique. Cela peut amener en effet à des plans sociaux en nombre dans les six mois qui viennent, y compris dans les grandes entreprises.

Pour la rentrée que proposez-vous que l’intersyndicale fasse, compte tenu de l’échec des dernières manifestations ?

On ne peut se contenter de mesurer notre efficacité à l’aune du nombre des manifestants. Il faut valoriser l’action quotidienne aux côtés des salariés et c’est un vrai problème pour l’intersyndicale. Celle-ci doit arrêter de faire la soupe à la grimace sur les résultats concrets que nous avons déjà obtenus collectivement.

Propos recueillis par Rémi Barroux

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